J'ai cinq ans, je crois. Il me semble que c'est la première fois que je suis seul avec mon père. Je suis tout énervé. Nous marchons depuis longtemps dans un boisé sur notre ferme. Le soleil de juillet nous oblige à chercher un peu d'ombre. Mon père s'arrête soudain, essuie son front avec le dos de sa main, et se penche vers moi.
- As-tu soif ?
- Oh oui! Mais on a oublié d'apporter de l'eau.
- Moi aussi j'ai soif, et on va boire de la belle eau fraîche.
À quelques pas de nous, un petit ruisseau se laisse deviner sous le feuillage. Mon père regarde autour, prend son canif dans sa poche, et se dirige vers des aulnes.
-Suis-moi! On va se fabriquer un gobelet, en écorce, comme faisaient les Indiens.
Il coupe une tige d'aulne de la longueur de sa main, et il fend un des bouts légèrement. Puis il se rend près d'un bouleau blanc. Sur le tronc, il trace avec sa lame un carré de la grosseur de sa main, et il enlève doucement le morceau sans le déchirer.
Il tourne l'écorce à la manière d'un cornet de crème à glace, puis insère l'écorce dans la fente de la tige d'aulne.
-Et voilà notre gobelet!
C'était, croyez-moi, le plus beau de tous les gobelets en écorce de la terre. Et jamais eau ne fut meilleure que cette fois-là, sur le bord du ruisseau, avec mon père.